Pourquoi moi ?

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L’homme ouvrit les yeux avec difficulté, releva la tête de la table sur laquelle il s’était affaissé. Le geste parut lui demander un immense effort, et il porta les mains à son visage pour le soutenir. Il bailla puis frotta sa joue contre son épaule gauche, avant de s’étirer de tout son long. Il bailla à nouveau. Un sourire d’aise se dessina sur ses lèvres lorsqu’il se redressa contre le dossier de sa chaise avant de s’abandonner, dans une longue expiration, à l’apaisement du demi-sommeil qui précède le réveil.

Il était tout de blanc vêtu, avec une chemise légère et un pantalon très ample. Il posa petit à petit le regard autour de lui et découvrit la pièce dans laquelle il se trouvait. Elle était d’une blancheur éclatante, aux murs comme au sol ou au plafond, spacieuse sans être immense. Hormis la table sur laquelle il était maintenant accoudé et la chaise sur laquelle il était assis, il y avait pour seul autre meuble une seconde chaise qui lui faisait face. Son regard s’attarda sur un plateau en bois, posé sur la table. Il y avait là de quoi manger et boire pour un homme affamé. Il n’hésita pas longtemps avant de le tirer devant lui, et d’engloutir avec envie les brioches et confitures présentées.

Il ne fit pas attention à la petite musique qui commençait à jouer dans son dos, et qui montait crescendo comme des gazouillis d’oiseaux sentant le soleil du printemps au-dehors. Il constata par contre, amusé, que le pan de mur face à lui prenait une teinte plus foncée. Le dessin de longues herbes d’un vert tendre apparut alors, animé par la brise d’un projecteur qu’il ne voyait pas. Il s’y attarda un instant, à peine interloqué, avant de continuer à manger avec un peu plus de calme maintenant.

Quand il fut enfin rassasié, il repoussa son plateau comme pour se lever. C’est à ce moment là que se matérialisa, dans la paroi sur sa droite, une porte qui s’ouvrit dans la seconde qui suivi. Un homme en sorti aussitôt, de manière si vive qu’on eu dit qu’il avait été propulsé en force. Il se stabilisa et s’arrêta à deux mètres du premier homme, qui avait stoppé son geste et été resté assis. Le nouveau venu resserra sa cravate rouge et ajusta la veste de son costard, qui semblait lui allait un peu trop grand. Puis il tendit la main vers l’homme en blanc, qui interloqué, mis un temps avant de la lui serrer en retour.

― Bonjour ! commença l’homme à la cravate rouge
― … bonjour.
― Vous savez qui je suis n’est-ce pas ?
― Je n’ai pas le souvenir de vous connaître.
― Bien sûr, vous ne me connaissez pas, mais vous savez qui je suis ?

L’homme en blanc ne répondit pas tout de suite, il sembla se perdre dans ses pensées et dans la contemplation des herbes toujours en mouvement sur le mur face à lui. Son interlocuteur le laissa à ses pensées, sans cesser de le regarder fixement dans un demi-sourire de politesse. Et il vit alors, à mesure que les secondes s’écoulaient, le visage de l’homme en blanc devenir livide et être tiré par des traits d’angoisse.

Il bondit soudain sur ses jambes, et se précipita contre le mur, à la recherche de la porte qui s’était ouverte précédemment pour accueillir l’homme au costard. Mais elle s’était aussitôt refermée et il n’y en avait plus trace à présent. Il continuait pourtant à chercher désespéramment, et poussait des grognements inintelligibles. Il commença à tambouriner sur les murs puis à chercher une issue ailleurs, en se jetant épaule la première contre chaque recoin de la pièce.

Les deux hommes étaient en totale opposition, l’un dans un délire d’angoisse claustrophobique, l’autre dans un calme absolu, à peine empreint d’un début d’impatience. Et ils s’ignorèrent ainsi plusieurs minutes, jusqu’à ce que l’homme à la cravate rouge reprennent la parole :

― Allons, calmez-vous monsieur !
― Non ! Non, ce n’est pas possible ! Non, ce n’est pas possible ! répondit l’homme en blanc d’une voix affolée.
― Bon, au moins vous savez qui je suis.

Les gazouillis musicaux, toujours en arrière-plan, continuaient à jouer tranquillement, insensibles à ce qui se jouait dans la pièce. Ou au contraire peut-être, trop sensible à tout cela, forçant la voix pour retomber par l’ignorance dans leur langueur initiale.
L’homme en blanc s’était effondré dans un coin de la pièce, la tête entre les genoux. Il avait le souffle court et laissait échapper quelques sanglots, tandis que ses doigts étaient agités de tics nerveux irréguliers.

L’homme à la cravate rouge vint se mettre à côté de lui, et d’une voix apaisée tenta de le raisonner :

― Allons, vous saviez que cela pouvait arriver, n’est-ce pas ? Vous y étiez préparé, comme tout le monde. Si vous avez été choisi ce n’est pas par hasard. Vous êtes parfaitement apte, tout le monde vous a fait confiance. Venez avec moi maintenant, nous avons à faire.

Il essaya de redresser l’homme en blanc en le soutenant par le bras, mais celui-ci le repoussa sèchement et se releva tout seul. L’homme au costard alla donc s’asseoir sans plus dire un mot, et fut bientôt rejoint par l’homme en blanc, qui après avoir traîné des pieds, s’accommoda lui aussi à la table. Les deux hommes étaient maintenant face à face.

― Pourquoi moi ? éclata soudain l’homme en blanc.
― Et bien vous avez été choisi, je crains de ne pouvoir vous en dire plus.
― Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Qu’ai-je fait de mal ? continua l’homme en blanc, en se prenant la tête à deux mains avant de s’affaler sur la table.
― Vous n’avez rien fait de mal, vous avez simplement était choisi. Entendez bien ce que je dis, choisi. C’est un honneur qu’on vous a fait. Vous devez l’accepter et en faire quelque chose maintenant, lui répliqua l’homme à la cravate rouge.
― Mais enfin pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi moi ?
― Vous n’êtes pas obligé de le comprendre, mais vous êtes obligé de l’accepter pour continuer, répondit enfin d’une voix ferme l’homme au costard.

Cette dernière réplique mis fin de manière abrupte au dialogue qui s’était instauré. L’homme en blanc était toujours agité sur sa chaise, il tournait la tête de part et d’autre et gesticulait nerveusement. L’homme à la cravate rouge fixait intensément son vis à vis, et quand il le jugea suffisamment en paix avec lui-même, il poursuivit :

― Quand cela commencera, respirez profondément, calmez-vous, évacuez toute peur ─ ce ne sera plus à vous d’avoir peur. Tenez-vous bien droit, ayez une attitude la plus neutre possible, soyez ferme. N’oubliez pas qui vous êtes et quel est votre rôle là dedans. Maintenant déshabillez-vous.

L’homme en blanc se leva et s’exécuta, avec des mouvements lents et machinales. Il avait les yeux dans le vague, et une attitude de résignation complète. Il ôta bouton après bouton sa chemise, dans une mollesse irritante pour l’homme à la cravate rouge, qui entreprit à son tour de se déshabiller.
Quand ils se retrouvèrent tout deux en sous-vêtement, ils se rapprochèrent l’un de l’autre, et dans ce qui semblait être un protocole solennel profondément ancré en eux, ils s’échangèrent leur tenue. Puis ils se rhabillèrent, sans un mot. L’homme à la cravate rouge devint l’homme en blanc, et l’homme en blanc devint l’homme à la cravate rouge.

Quelques secondes à peine après cet échange, la porte qui s’était ouverte pour laisser entrer l’homme à la cravate rouge s’ouvrit à nouveau. Le nouvel homme à la cravate rouge, à qui le costard allait bien mieux qu’à son prédécesseur, passa la tête dans l’ouverture, avant d’entrer d’un pas mal assuré dans le couloir s’ombre qui s’ouvrait à lui. Dans son dos, le nouvel homme en blanc s’était relâché complètement sur la chaise, et goûtait au plaisir du devoir accompli.

L’homme à la cravate rouge sentit après quelques pas la porte se refermer derrière lui. Il faisait très sombre, et il progressa à tâtons sur quelques mètres. Soudain, il sentit des bras l’empoigner fermement sous chaque épaule, et le traîner subitement vers l’avant. Après un cri de surprise, il se reprit et se redressa sur ses pieds. Il ne chercha pas à se débattre ou à fuir. L’obscurité était totale, et il n’avait aucun repère, si ce n’était ces bras qui le soutenaient.

Après un petit moment de marche où il tourna plusieurs fois à droite et à gauche, il vit une lumière vive apparaître devant lui, aussi brusquement que l’ombre lui était apparu tout à l’heure. Et à peine eut-il distingué cette lumière qu’il fut ardemment projeté par la porte qui s’ouvrit pour lui.
Du regard, il balaya rapidement la pièce dans laquelle il était arrivé, réajusta sa cravate et son costard qui avaient été malmenés dans le couloir, puis tendit la main à un homme tout de blanc vêtu qui semblait surpris de son irruption soudaine.

Cargo : conclusion

Publié le par dans Carnets de voyage.

S’il est besoin d’une conclusion après ce voyage, c’est que cela a été une très belle aventure, qui ne me laissera que de très bons souvenirs. Et il est probable que je recommence !

Voici quelques questions que j’ai pu me poser, ou que qu’on peut logiquement se poser avant de faire ce type de voyage. Mes réponses se basent sur mon expérience à bord du Fort Saint Louis, cela varie certainement d’un bateau à l’autre (l’équipage n’étant pas le même) et d’une compagnie à l’autre.

Faut-il prendre à boire et manger ?
Non, des bouteilles d’eau minérale nous sont fournies dans notre cabine (équipée d’un frigo), et les repas sont très copieux. De l’avis de tous, nous avons trop mangé. Par contre si vous avez des contraintes alimentaires fortes, étant donné que le menu est identique pour tout le monde, vous risquez de ne pas tout manger. Les plats sont toutefois assez variés (viandes, poissons, légumes, féculents, desserts, fruits).

Comment monte-on à bord ?
Il y a une petite passerelle qui nous permet de monter tranquillement à bord, elle est plus ou moins haute selon l’état de la marée. Et pour les bagages, s’ils sont un peu volumineux, il y a un treuil juste à côté et l’équipage se charge de tout monter à bord.

Comment s’habiller ?
La clim est assez présente, pensez à prendre au moins un pull, et puis un k-way pour passer du temps dehors sans craindre le vent. Prévoyez aussi une paire de chaussures pour l’extérieur et une pour la cabine (pour ne pas salir la moquette).
Attention, et notamment à quai quand il n’y a pas de vent pour éloigner les fumées d’échappements du moteur, il y a des petites particules de suie qui peuvent nous retomber dessus si on en haut sur la passerelle. Ne mettez pas à ce moment là les vêtements auxquels vous tenez le plus, ou alors pensez à nettoyer rapidement.

A-t-on le mal de mer ?
Chacun étant différent à ce niveau, je ne peux que vous donner mon ressenti. Je suis malade sur les routes de montagne en voiture. Il m’arrive dans des trajets en bus de 20 à 30 minutes de descendre avant d’être arrivé car je ne me sens pas bien. Et dans le cargo, je ne me suis senti pas bien qu’une après-midi quand nous avons commencés à être en plein Atlantique. Je n’étais pas malade pour autant, j’avais juste besoin de me concentrer sur ma respiration et de prendre l’air pour aller un peu mieux. Je n’arrive pas à évaluer si les jours suivants le roulis et le tangage se sont atténués (il me semble), ou si mon corps c’est habitué. Quoiqu’il en soit il y a des médicaments contre le mal de mer à l’infirmerie, il suffit de demander au second.
La mer a aussi ses périodes de calme et de tempête, en voyageant en plein été comme dans mon cas les risques de grosses tempêtes sont très faibles.

Faut-il savoir parler anglais ?
Non, pas sur ce bateau où les officiers parlent français, car c’est à eux le plus souvent qu’on a à faire. Ceci étant dit, maîtriser quelques bases permet de faciliter un peu les échanges avec l’équipage philippin (le maître d’hôtel par exemple), mais ce n’est pas un pré-requis.

Y a-t-il des conditions particulières à remplir ?
La seule condition que je vois, c’est celle d’être en bonne forme physique et de savoir déambuler sur le bateau sans problème (capable de monter des escaliers parfois un peu glissant par exemple). Il est demandé un certificat médical un mois avant le départ pour s’assurer de cela, car il n’y a aucun médecin à bord. Le second suit des stages de secourisme et il y a une infirmerie à bord, et de plus en cas de problème grave il y a un lien direct qui est fait avec un service spécialisé de l’hôpital de Toulouse pour avoir l’avis de médecins en direct.
Et à côté de cela, il y a tout un tas de paperasses à remplir qui peuvent faire un peu peur (décharge de responsabilité, etc), mais ça reste purement législatif.

Ne s’ennuie-t-on en pleine mer ?
Une des passagères se plaignait régulièrement de trouver ça un peu monotone (mais c’est relatif, c’était loin d’être la déprime totale), pour ma part je ne suis absolument pas ennuyer une minute (à part l’après-midi où je n’étais pas bien). Et si vous me demandez ce que j’ai bien pu faire durant ces 11 jours de voyage, je suis bien embêté pour vous répondre, car je n’ai pas fait grande chose justement. Cela est certainement dû au fait que la notion de temps est différente, qu’on n’a plus la même nécessité à « remplir » sa journée, et qu’on la subit, dans le sens où on n’est plus qu’un simple observateur sans aucun moyen d’action pour sortir de cet espace clos.
Pour vous donner une idée, j’avais embarqué 8 livres dont plusieurs pavés, une quinzaine de films sur mon ordinateur ainsi que de quoi écrire. Résultat j’ai lu 2 livres, regardé 3 films et rien écrit hormis ce carnet.
Voici quelques idées de choses qui peuvent être faites à bord :
– discuter avec l’équipage (pendant les heures creuses de travail)
– vous promener sur le bateau, et vous isolez de tout en allant devant
– observer la mer, les poissons, les oiseaux et les mammifères !
– faire du sport (musculation, course à pied ou ping-pong si vous avez comme moi la chance de tomber sur un passager qui affectionne ce sport), durant les horaires de travail la salle est toujours libre.
– lire : livres perso ou à piocher dans la bibliothèque du bateau (500 livres environ à vue de nez) ou du commandant (200 livres environ, dont beaucoup de BD)
– regarder les films où les séries qu’on a jamais eu le temps de voir : à prévoir avant ou à piocher dans le dvdthèque du commandant (200 dvd environ)
– tenir un journal de bord
– profiter de l’isolement pour s’adonner à ses passions créatives (photo, peinture, broderie, etc) ou non, même si cela nécessite un peu de matériel car on peut embarquer jusqu’à 100kg (attention au retour en avion par contre).
– dormir
– méditer
– etc

Si vous avez d’autres questions, faites m’en part dans les commentaires, j’y répondrai avec plaisir :)

Cargo, J11 : le Bout du monde

Publié le par dans Carnets de voyage.

Plein Est ce matin

Plein Est ce matin

Enfin un lever de soleil presque dégagé ce matin. C’est un moment particulier pour le voir, il ne sort pas de derrière un immeuble ou une colline, il sort de derrière le Bout du monde ! On le voit alors non pas comme une simple source de lumière, mais tel qu’il est vraiment : un astre. On le comprend en le voyant ainsi. On peut le regarder droit dans les yeux sans crainte, on distingue nettement sa rondeur parfaite, et surtout sa vitesse. Il croît dans le ciel à une allure folle, preuve en est qu’il tourne autour de nous. Enfin, il me semble.

Je descends prendre mon petit-déjeuner quand soudain une passagère s’écrit « Terre ! Terre ! ». Je remonte, j’attrape mes jumelles et je cours à tribord. La Terre est là ! C’est un moment d’euphorie où les passagers se massent contre le bastingage pour contempler ce petit bout de terre qui a surgi de derrière le Bout du monde. La tristesse de laisser ce monde sans fin fait place, l’espace de quelques instants, à une excitation certaine. Nous ne sommes pas perdus, nous pouvons nous accrocher à quelque chose de solide à l’horizon, nous avons trouvé ce pourquoi nous nous sommes lancés à l’aventure. J’éprouve un instant ce qu’ont dû ressentir les hommes de Christophe Colomb (et leurs prédécesseurs) en apercevant une terre après un mois de traversée, cette surprise, ce soulagement, cet émerveillement de retrouver le connu qui jaillit du néant.

Terre !

Terre !

Il s’agit de l’île de la Désirade, qui s’avance comme avant garde de l’île principale de la Guadeloupe. Peu à peu apparaissent les autres îles autour de nous, et bientôt la fin du Bout du monde se matérialise, puis nous barre la route. Il n’y a plus qu’un choix possible malheureusement, c’est celui d’accoster. L’excitation est toujours là, mais mêlée à la mélancolie de quitter le navire, de perdre cet horizon sans fin auquel on s’habitue très vite.

Pilote on board !

Pilote on board !

Commence alors les préparatifs de l’entrée au port qui me sont maintenant presque familiers. Le pilote est déposé par un petit bateau rapide (la pilotine), il monte l’échelle de corde pour arriver à bord et rejoint aussitôt la passerelle. Puis encore ici, nous assistons au slalom entre les bouées rouges et les bouées vertes qui délimitent l’entrée au port. Et je suis encore une fois surpris par la manœuvrabilité d’un tel navire. Sous les ordres du pilote, nous prenons des virages à 90 degrés, et ça tourne très vite et très bien. Il échange an anglais avec le timonier philippin, pour lui donner soit un nouveau cap (« three zero five », soit 305, le degré d’orientation par rapport au Nord, donc ici Nord-Ouest), soit un changement d’angle par rapport au cap actuel (« Starboard 10 », tourne à droite de 10°).

Pointe-à-Pitre nous voilà !

Pointe-à-Pitre nous voilà !

La particularité ici c’est la taille réduite du port, et le fait que pour l’atteindre il faut suivre un parcours très précis qui nous fait passer tout près du port de plaisance, des plages privées et des résidences que j’imagine hautement cotées. La comparaison avec le cargo, a priori pas très glamour, est assez cocasse.

Le bout du Bout du monde

Le bout du Bout du monde

Voilà, c’est au bout de ce quai que se termine l’aventure. J’ai trouvé mon Bout du monde.

Cargo J10, bleu Outremer

Publié le par dans Carnets de voyage.

Depuis quelques jours, on sent l’arrivée approcher. L’air change, il devient plus chaud et surtout plus humide. La mer aussi, a pris une couleur bleu outremer, c’est le cas de le dire. Elle semble aussi moins opaque, et quand le soleil est au plus haut, on aperçoit les rayons du soleil qui y pénètre pour aller éclairer les profondeurs.

Nous croisons aussi de plus en plus d’algues à la dérive, par petites bandes dispersées ou par énormes plaques. Un avant goût de celles qui arrivent sur les plages de la Guadeloupe ou des échappées de la mer des Sargasses ?

Des algues à la dérive

Des algues à la dérive

Et surtout quelques oiseaux, nous n’en avions pas croisé depuis longtemps.

Oiseau qui vire de bord

Oiseau qui vire de bord

On peut les voir tourner autour du bateau, jouer avec le vent, planer, virer de bord subitement, puis piquer d’un seul coup dans l’eau, bec en avant pour attraper de quoi manger.

Je viens de passer deux heures devant, seul avec la mer, pour essayer de profiter au mieux de cet ouverture vers l’horizon lointain. J’ai un peu peur de ce que sera le débarquement demain, tant le mouvement de la mer est bien ancré dans mon corps maintenant, et tant je trouve de la sérénité à évoluer dans ce monde qui n’a pour limite que l’infini. Que sera le retour à terre ?

La chaîne de la mer se termine demain

La chaîne de la mer se termine demain

Mais demain est un autre jour, comme il disait James, aujourd’hui j’en ai profité pour lire tranquillement au sommet de la proue, au vent. Le soleil étant caché, je n’ai même pas eu à craindre les coups de soleil, c’était le plan parfait ! Et puis je suis enfin arrivé à capturer de meilleures images de poissons volants !

Un poisson-volant, avec des algues à gauche

Un poisson volant, avec des algues à gauche

Le même, qui continue son chemin

Le même, qui continue son chemin

On distingue nettement 2 « ailes » principales, puis derrière 2 autres plus petites.

Cargo J9 : dans l’Antre du feu

Publié le par dans Carnets de voyage.

La température s’est nettement réchauffée, et je peux dormir avec plaisir en gardant ouvert mon hublot (sans avoir de problème de moustiques).

Ceci n'est pas un lever de soleil

Ceci n’est pas un lever de soleil

J’ai raté le lever du soleil, enfin je n’ai pas raté grand chose car l’horizon était encore très nuageux. J’ai pu profité par contre de la fraicheur des premiers rayons de soleil et de la chaleur du vent, qui annonce la fin de la nuit. Curieux comme le vent de la nuit est plus chaud que celui de la journée. Probablement une question d’inertie thermique.

Poisson-volant

Poisson-volant

Encore beaucoup de poissons volant ce matin, mais ils sont très difficiles à prendre en photo, car très petits, très rapides et surtout complètement inattendus. La tâche blanche en haut à gauche ici n’est pas un artefact visuel, ça en est un, qui ressemble à un papillon, ce sont ses ailes qui réfléchissent la lumière. Il faut imaginer des libellules qui sortent d’un seul coup de l’immensité de la mer, qui se matérialisent sous nos yeux, qui battent frénétiquement des ailes pour se maintenir juste au dessus de l’eau, qui ricochent même parfois dessus, qui suivent une vague dans le sens de la longueur comme un surfeur puis qui replonge tête en avant dans les flots. Oui, une libellule qui fait du surf, c’est la meilleure image que vous pouvez en avoir.

Je me demande d’ailleurs pourquoi font-ils ça ? Est-ce pour fuir face à prédateur ? Est-ce pour définir le mâle dominant ? Est-ce pour séduire les femelles surfeuses ? Mais mon hypothèse la plus plausible est qu’ils font ça juste pour la frime quand on passe, et que quand il n’y a aucun cargo dans les parages ils se la coulent douce entre deux eaux.

Nous avons aussi eu droit à une visite de la salle des machines, avec l’ingénieur en chef. C’est l’occasion pour nous autres pauvres passagers naïfs de descendre voir ce qui se cache dans le ventre de notre navire, de découvrir ce qui nous donne de l’électricité pour profiter du confort de la vie moderne et ce qui nous permet d’avancer au lieu de dériver sur l’océan tel un radeau sans méduses.
Et ce qui marque en premier, c’est la taille. La taille immense de la salle qui accueille le moteur, et dont on ne soupçonne aucunement l’existence quand on vit à bord, car on n’accède jamais aux cales. Nous sommes dans la partie immergée de l’iceberg. Il y a pas moins de 3 niveaux différents dans la salle, chacun permettant d’atteindre et de contrôler une partie différente du moteur 8 cylindres. Nous passons d’ailleurs à côté de pistons de rechange (il y a un stock assez important de pièces de rechange embarquées à bord, pour parer à toute éventualité en pleine mer), ils font plusieurs mètres de haut. Le moteur en lui même, dont on comprend mieux la forme en descendant les étages, doit mesurer une dizaine de mettre de haut ! Et pour finir avec les chiffres, l’unique hélice qui nous propulse a un diamètre de 7,5 mètres.

Des boules quies nous sont fournies avant de rentrer, et elles ne sont pas de trop, car les bruits de la mécanique monte rapidement assez haut dans les décibels. De plus la chaleur à certains endroit atteint les 45°. Nous croisons quelques membres de l’équipage en plein travail dans l’atelier ou auprès des nombreuses autres machines, entre les générateurs électriques, les centrifugeuses, la chaudière, etc, un casque anti-bruit sur les oreilles. Il y a de quoi s’occuper, bref, ce sont un peu les mines de la Moria en version maritime si vous voyez le tableau, les gobelins en moins.

Ça gargouille sévère

Ça gargouille sévère

Voici ce que donne en sortie toute cette mécanique, nous permettant d’avancer au final assez vite.

Une remarque que je me suis faite d’ailleurs il y a peu, c’est que c’est assez particulier comme comportement, celui de partir à l’inconnu comme ça, de se projeter sur ce qu’il y a de l’autre côté. Je ne sais pas si c’est un trait partagé par beaucoup d’autres espèces animales, cela nécessite une grande confiance en ces semblables de même qu’en les outils construits ou les techniques partagées à travers les âges. Car quand bien même il s’agit d’une ligne régulière, que les chemins sont parfaitement connus, que les bateaux sont sûrs et les accidents très rares, on reste perdu au milieu de nulle part. On garde les apparences et le confort d’une vie d’homme moderne, mais cela tient à peu, on n’en reste pas moins 40 personnes enfermées ensemble dans un espace clos, livrés à nous-mêmes, sans autre échappatoire que la chute mortelle dans l’eau, soumis au bon vouloir des éléments et de la technique. En un certain sens, cela relève de la folie.

Voilà peut-être ce qu’est voyager en cargo aussi, c’est ressentir cette fragilité, se remettre à notre place dans l’échelle du monde.

La piscine

La piscine

En ce samedi soir, c’est la fête à bord aussi, puisque c’est jour de barbecue. On couche le soleil, on allume les lumières, on se cale à côté de la piscine et c’est parti. On en oublierait presque qu’on est à bord d’un bateau, perdu dans l’océan. C’est l’occasion de casser les barrières l’espace d’un temps, où officiers, équipages et passagers se côtoient autour d’un verre et d’une brochette à faire soi-même. Le capitaine nous fait justement part de sa gestion de l’alcool à bord, il préfère la tolérer dans certains cas comme celui-là et la surveiller, plutôt que de l’interdire complètement sachant que ce sera fait dans le dos alors. Car en tant que capitaine il est entièrement responsable de ce qui se passe à bord, que ce soit pendant les heures de travail mais aussi celles de repos, car dans les deux cas c’est toujours sur le lieu de travail.

À ce propos, les marins français ont des contrats qui répartissent ainsi leurs périodes de travail : 2 mois à bord, 2 mois à terre. Et à bord il n’y a pas de week-end ou de jours fériés, on travaille tous les jours. Mais pour les philippins, qui n’ont pas les mêmes contrats, c’est par période de 6 mois (pour les officiers) ou de 9 mois (pour l’équipage) d’embarquement d’affilée.

Cargo J8 : la Fin du monde

Publié le par dans Carnets de voyage.

Bon c’est bien sympa les journées de 25 heures, sauf que mon corps ne comprend pas comment ça marche. Du coup je tombe de sommeil à 21h, et je me réveille à 3h30…

Dans la mer du matin, j’ai la chance d’apercevoir des poissons volants. Ils surgissent de l’eau, seul ou en bande de 3 ou 4, agitent leurs nageoires-ailes pour se maintenir au dessus de l’eau quelques secondes, puis replongent tête la première dans une vague qui les emmène loin de mes yeux. Ils sont pareils à des libellules, dont les ailes battent très vite et réfléchissent le soleil. De là où je suis j’estime leur taille à 5 ou 10 centimètres maximum, et j’en ai juste aperçu un de 20 centimètres peut-être.
Une des passagères a de son côté aperçu une tortue !

Les autres passagers justement, à Montoir nous avons embarqués un couple de retraité qui fait un voyage d’un mois pour leur retraite (monsieur était marin dans sa jeunesse), c’est à dire le tour complet Montoir – Pointe-à-Pitre – Fort de France – Pointe-à-Pitre – Dunkerque – Rouen – Le Havre – Montoir, ainsi qu’une mère et son fils qui partent emménager en Guadeloupe. Ils ont avec un eux un container qui contient leur voiture et les effets personnels qu’ils n’ont pas vendus en partant de France.

Littérature, à nous deux

Littérature, à nous deux

L’activité du jour, pour le pauvre aventurier lecteur que je suis, en vadrouille perdu sur l’océan, consiste à trouver l’endroit idéal pour avancer mes lectures en cours. Il faut au moins l’après-midi entière pour répondre à cette question. Côté bâbord à l’ombre ? Non, avec le vent il fait un peu frisquet. A tribord alors ? J’embarque le transat de l’autre côté, et m’installe en plein soleil. Ça tape fort, j’ai les pieds et les épaules toutes rouges. Bon, ça sera dans la cabine, sur le canapé. Pfiou, c’est difficile la vie.

Ceci n'est pas un William Turner

Ceci n’est pas un William Turner

Ce soir encore les nuages nous cache le soleil quand il s’en va. Si je me lève encore tôt demain, j’en profiterai pour aller voir si c’est pareil quand il se lève. Et oui, mon concept d’horizontalité est assez subjectif.

Je suis surpris par la pluie pour ma balade digestive d’après-repas, nous passons juste sous un ensemble de nuages noirs qui nous livrent une bonne averse. Et comme les autres nuages s’étaient préalablement tous curieusement rassemblés sur le bord de l’horizon, cela donne lieu à une ambiance assez surréaliste de fin du monde, avec les lueurs orangers du soleil en arrière plan, des moutons de nuages bas couvrant tout l’horizon, et des nuages noirs rapide passant au dessus de nous.

Ceci n'est pas la fin du monde

Ceci n’est pas la fin du monde

L’averse ne dure pas, les nuages au dessus de nous s’écartent, et quand les derniers rayons du soleil s’en vont par delà le bout du monde, apparaît le ciel nocturne et ses merveilles. Il n’y a pour seule pollution lumineuse que celle que produit le bateau lui-même, et elle reste faible. Et c’est toujours aussi fascinant, même pour qui l’a déjà vu, d’observer ces milliers d’étoiles, qui nous regardent à leur tour, toutes selon leur angle différent. Et en ce mois d’août, c’est aussi la saison propice pour observer les étoiles filantes, qui fusent effectivement de toutes parts !

Cargo J7 : Monseigneur l’astre solaire

Publié le par dans Carnets de voyage.

Qu’il est bon de se réveiller (à 5h30 certes) avec le soleil dès le petit jour ! Au placard le pull, je crois que nous avons passé les Açores, le temps s’est clairement réchauffé.

La vie à bord s’organise de façon assez claire, 8h petit déjeuner, 12h15 déjeuner, 19h30 diner. En dehors de cela on est complètement libre de vagabonder où bon nous semble. Il faut simplement se renseigner s’il n’y a pas de travaux en cours quand on veut faire un tour à l’extérieur sous les containers (le chemin de ronde). Le « château » (c’est comme ça que s’appelle dans le jargon la tour avec les cabines et les zones de vie commune) se compose de plusieurs niveaux. Dans les cales nous avons accès à la salle de sport, sur le pont A il y a des bureaux pour gérer la partie commerciale des opérations et qui est utilisée notamment pour les embarquements/débarquements. Sur le pont B, nous trouvons la cuisine et deux salles à manger (une officier et l’autre équipage). Sur les ponts C et D se trouvent les cabines de l’équipage. Les cabines passagers sont toutes sur le pont E, avec quelques cabines officiers. Et enfin sur le pont F se trouvent les dernières cabines des officiers et une salle de télécommunication (là où se trouve l’ordinateur dédié au mail notamment). Au dessus se trouve la passerelle où se relaient en permanence au moins 2 personnes, nuit et jour. Un ascenseur permet de monter du pont A au pont F, mais il est tout aussi simple de prendre l’escalier interne ou les escaliers externes (un de chaque côté).

Qu'est-ce qui se cache là dessous ?

Qu’est-ce qui se cache là dessous ?

Le Fort Saint Louis a la particularité d’être assermenté par Météo France pour lancer des ballons sondes, qui embarquent quelques instruments de mesure et qui s’envolent jusqu’à 30km de haut. Un lancer est effectué toutes les 12 heures, et nous avons la possibilité pour la première fois d’en voir un en direct ce matin. Une seule personne suffit pour le préparer, le ballon vide est placé dans  une caisse ronde, fermée par une bâche.

Ceci n'est pas un OVNI

Ceci n’est pas un OVNI

Il est ensuite rempli d’hélium, on y attache les instruments de mesures et puis hop, on le lâche et il s’envole très vite loin de nous.

Le menu du jour

Le menu du jour

Qui pourrait me dire sincèrement comment ne pas faire la sieste après un tel repas (sachant que l’entrecôte faisait bien 250g, et que la part de gâteau était énorme), avec un verre de vin, un soleil haut dans le ciel qui commence à cogner très fort et un doux roulis qui nous berce ? Comment résister à un tel appel à la sieste ?

Ne me demandez pas le lien entre le voilier sur le menu et notre bateau, il n’y en a pas. Nous avons droit tous les jours à une photo qui n’a rien à voir, ça doit être un stagiaire philippin qui s’amuse avec Word et la banque d’image. Je vous passe d’ailleurs la photo du menu pour l’équipage, eux aussi en ont une différente chaque jour, et ce n’est pas un bateau…

Cache cache avec les nuages

Cache cache avec les nuages

Nous sommes absolument seuls dans cet espace infini. Infini mais non monotone. L’espace est vivant, il se remodèle sans cesse au grès du vent, des nuages, du soleil, de notre passage, des animaux qui surgissent à l’improviste depuis le ciel ou depuis la mer. Il y a toujours de nouvelles formes, de nouvelles couleurs à découvrir et à essayer de comprendre. Chaque instant est unique.
Nous avons passé aujourd’hui la moitié du trajet je crois. Malheureusement.

J’ai aperçu un autre bateau au loin, et comme celui que nous avons croisé hier, nous l’avons doublé, et pas qu’un peu. Nous allons assez vite pour un cargo, étant donné notre retard à combler Et puis j’ai vu aussi quelques geysers lointains, ainsi qu’une queue rentrant dans l’eau, mais je n’ai pu déterminé à qui elle appartenait (à un animal marin, oui certes).

L’horizon est joueur, il nous laisse voir des nuages au raz de l’eau, qui donne l’impression d’apercevoir une terre au loin. Il n’en est rien, c’est juste la terre qui est courbe, et l’horizon en terrain découvert comme ici est absolument fini, il ne nous montre que ce qui se trouve à moins de 20 km de nous. Plus loin, ce qui est dans le ciel nous paraît plus bas, et comme ici nous donne l’impression d’être posé sur la mer.
Malgré un joli soleil et un ciel relativement dégagé, nous n’avons jamais eu la chance d’avoir un couché de soleil parfaitement clair pour l’instant, avec l’astre solaire venant se jeter corps et âme dans la mer, et nous empêchant par la même d’apercevoir le fameux rayon vert.

Soleil du soir espoir

Soleil du soir espoir

Cargo J6 : le jour de la Baleine

Publié le par dans Carnets de voyage.

J’ai l’impression que mon corps s’est habitué au mouvement du navire. Ou alors est-ce la mer qui est plus calme que hier ? Peut-être aussi. En tous cas je peux gambader joyeusement tout autour du bateau aujourd’hui. Il fait par contre toujours bien froid à l’intérieur, le pull est de rigueur.

Nous avons rendez-vous ce matin avec le capitaine pour qu’il nous montre le fonctionnement du mail qu’il a créé pour chaque passager. Ils seront envoyés (et reçus) avec le reste des envois quotidiens d’informations techniques du bateau. Certains navires plus récents permettent une connexion à internet complètement ouverte et accessible à tous partout (là nous devons passer par un unique ordinateur à côté de la cabine du commandant), avec un paiement en fonction de la consommation. Ce système sera installé sur le Fort Saint Louis lors du prochain voyage.

Après la sieste de rigueur, je descends à nouveau faire un tour tout en bas. C’est là où on sent le mieux le navire vivre, les containers craquer quand on bascule à droite puis à gauche.

C'est ici qu'on joue au roi du monde

C’est ici qu’on joue au roi du monde

Je monte sur le petit banc à l’extrême avant du navire. Quel silence délectable ! Plus de vibration, plus de bruit de moteur, même plus le bruit des flots qui s’ouvrent pour nous, et une vue dégagée des deux côtés ! Le meilleur endroit du cargo à n’en pas douter, et comme en prime nous avons le vent dans le dos, on ne le sent presque pas à cet endroit. C’est le parfait endroit pour lire, et il faut bien que je m’y mette, parce que je n’ai pas encore trop eu le temps d’avancer à ce niveau depuis le début.

Une baleine se cache sur cette photo

Une baleine se cache sur cette photo

C’est aussi l’occasion de scruter l’horizon, à la recherche d’indice du passage d’un banc de dauphins ou d’une baleine. Et cette fois-ci la chance est avec moi, car j’aperçois au loin un geyser qui se reproduit à intervalle régulier, et que je suis arrivé à photographier (voir-ci-dessus). Le cargo le rattrape et la dépasse, j’ai tout de même le temps d’apercevoir très nettement l’immense dos lisse et la nageoire dorsale de la baleine (ou du cachalot), à une cinquantaine de mètres à peine.

L'échelle de corde utilisée par le pilote pour monter à bord

L’échelle de corde utilisée par le pilote pour monter à bord

En se promenant ainsi sur cette partie du bateau, je ressens beaucoup la peur de glisser et de chuter dans l’eau pour me retrouver très vite seul perdu au milieu de rien. C’est clairement un endroit qui nécessite un minimum d’attention. La signalisation est toutefois  très présente et préventive, notamment avec un code couleur bien respecté. Rouge et blanc, ce sont les instruments nécessaires à la bonne marche du navire, zébré jaune et noir, attention c’est amovible ou c’est une zone de travail, et orange pour tout ce qui est secours, bouées, gilets de sauvetages, canots, etc.

Un canot de sauvetage

Un canot de sauvetage

Autre point, sur chaque pont se trouve toujours un plan avec le positionnement des passagers et de l’équipage dans les cabines, et dans pratiquement chaque bureau on trouve un document punaisé au mur avec la photo et le nom de chaque personne à bord. La signalisation est très présente et on sent que la sécurité est toujours au centre de l’attention.

Safe Working Load : 50 tonnes

Safe Working Load : 50 tonnes

La mer est toujours là, immuable, mais bien vivante, à jouer sans cesse avec le vent pour se remodeler. Et elle immense, elle est partout, et elle sera toujours là, aussi loin que l’homme sera l’homme et même après — surtout après.

Ce soir nous changeons encore d’heure, hop encore une journée à 25h ! Nous sommes littéralement dans une faille spatio-temporelle, dérivant au milieu de nulle part. Qu’il est bon de se perdre dans la contemplation de ce nulle part, on se laisse aller à la sérénité absolue, on se propulse vers cet horizon dégagé, on s’oublie pour ne plus faire qu’un avec cet harmonie de couleurs et de formes.

Bonne nuit

Bonne nuit

Cargo J5 : vers l’Infini et au delà

Publié le par dans Carnets de voyage.

Ça tangue et ça roule bien ce matin, mon ventre commence à moyennement le supporter, et je fais moins le fier que dans la Manche. Le temps à tourner au gris dans la nuit, et il s’est même mis à pleuvoir. Mais la mer reste calme, même si on a plus le sentiment d’être remué que celui d’être bercé maintenant. J’ai du mal à rester dans ma cabine, j’ai besoin de bouger, de prendre l’air  de voir la mer pour que ça aille un peu mieux.

Je passe mon temps à contempler l’horizon et la formation des vagues, elles me donnent l’impression de montagne qui sortent de terre, avec leurs multiples faces et leurs chocs qui en créent de nouvelles encore plus grandes. J’ai le sentiment que je pourrais passer mon temps à cela.

La planète-océan Atlantique

La planète-océan Atlantique

Je ne sais pas si c’est l’air marin qui fait ça, mais j’ai toujours très faim, et je me presse d’arriver au repas pour me restaurer comme il se doit. Le chef est français et nous prépare toujours des menus assez variés, avec entrée, plat, fromage et dessert. Il est d’ailleurs arrivé à me réconcilier avec le chou-fleur, ce n’était pas une mince affaire.
À propos d’air marin justement, je suis surpris de ne rien sentir du tout. Je ne retrouve nullement, que ce soit à quai ou en mer, cette odeur caractéristique légèrement salée.

Nous avons rendez-vous l’après-midi avec le second (tout autant sympathique que la second qui nous a quitté à Montoir) pour le briefing sécurité. Nous avons droit à une démonstration par un cadet de la combinaison de secours qui nous permet de résister au froid et de flotter sans effort. Puis nous faisons le tour du fonctionnement des différents appareils de la passerelle. Nous sommes à présent au large de l’Espagne, et le moteur a été poussé à 90% de sa capacité maximum, ce qui nous donne une vitesse de 20 nœuds. Cela va nous permettre de rattraper notre retard, et d’arriver à Pointe à Pitre lundi après-midi au lieu de mardi matin. Quand il n’y a pas de retard à rattraper, le moteur tourne moins vite pour des raisons de consommation de carburant. Mais cela n’est bien entendu pas pour les beaux yeux des passagers, mais pour la marchandise qu’il faut livrer en temps et en heure.

Le soleil revient en fin de journée, et avec lui les mouvements plus calmes du bateau. Je sors donc profiter du beau temps pour me perdre à nouveau dans cet horizon bleu et blanc, immobile mais toujours en mouvement.

Et puis ce soir nous reculons d’une heure nos montres encore une fois. Voilà donc deux journées de 25 heures l’une après l’autre (et ce n’est pas fini !). En d’autres lieux cela aurait pu être intéressant, ici nous n’avons déjà plus la même logique horaire.

Le soleil aura été timide aujourd'hui

Le soleil aura été timide aujourd’hui

Cargo J4 : on repart

Publié le par dans Carnets de voyage.

Après un détour par le petit-déjeuner et la salle de sport, on rencontre le chef mécanicien sur la passerelle qui tue le temps en enchainant les cigarettes. J’imagine qu’il n’a pas la possibilité de fumer en salle de machine, il doit venir prendre l’air tout en haut.
Il nous raconte notamment comment se passe les contrôles, et la tendance des chinois et des philippins à remplir toutes la paperasse qu’il faut pour être parfaitement carrés dans leur rendu d’inspection, mais sans pour autant procéder réellement à l’inspection et au remplacement des pièces défectueuses. Il faut cocher des cases sur cette magnifique photocopie couleur ? Cochons-les donc, comme ça mon patron aura l’impression que je fais consciencieusement mon travail. Les joies de la bureaucratie.

Il nous explique aussi que le cargo embarque du matériel pour Météo France, et qu’arrivé à une certaine distance des côtes, ils gonflent des ballons sondes qu’ils laissent s’envoler. J’ai hâte de voir ça !

Un paquebot italien

Un paquebot italien

Toujours dans l’attente des dockers nous voyons arriver un énorme navire de croisière italien, qui passe sous le pont, nous dépasse, fait demi-tour puis vient se garer juste devant nous. Une dizaine de bus arrivent au pied levé sur le quai pour embarquer tous ses touristes.

Camarade, choisi ton camp !

Camarade, choisi ton camp !

La grue se réveille enfin, décharge 8 containers, ouvre le ventre de notre cargo, décharge 3 autres containers puis enfin le coupable de notre retard est sorti. 26 tonnes de porc (je vous laisse faire le calcul de la valeur du machin, en fonction du prix au kilo chez votre boucher) qu’on laisse ici car elles n’auraient pas tenu la traversée sans réfrigération. On rempile dans l’autre sens, on ferme la cale, on rempile encore, on remonte la grue, on enlève la passerelle, et hop emballé c’est pesé on s’en va.

Voilà le coupable de notre retard

Voilà le coupable de notre retard

Juste après le pont, on trouve sur notre droite les chantiers navals de Saint-Nazaire, avec deux choses intéressantes à observer. Tout d’abord le Harmony of the Seas, un paquebot en construction, qui sera le plus grand du monde avec pas moins de 360 mètres de long, et qui pourra accueillir 8000 personnes. Et puis juste après, nous avons les deux frégates Mistral commandées par les russes, et qui attendent leur heure ici.

Le Harmony of the Seas

Le Harmony of the Seas

 

Les frégates (en gris au milieu de la photo)

Les frégates (en gris au milieu de la photo)

La sortie du port pose moins de problème que l’entrée, et il faut simplement faire attention au trafic. Il y a quelques petits navires de pêche ou quelques voiliers qui ont des trajectoires un peu trop perpendiculaires à la nôtre au goût du capitaine et du pilote. Il faut donc envoyer quelques coups de sirène pour faire fuir les intrépides pécheurs qui ne répondent par ailleurs pas à leur radio, et les suivre aux jumelles jusqu’à ce qu’ils virent de bord. Le capitaine peste doucement, il n’y a plus de respect pour les gros, il se fait couper la route allègrement.

Le pilote continue pendant ce temps là à donner la direction au timonier en anglais, qui lui la répète pour s’assurer de la bonne compréhension. Sa barre est toute petite (plus petite qu’un volant de voiture), et j’ai du mal à comprendre le sens de leur échange. Je n’essaye plus vraiment à vrai dire, je suis concentré sur le timonier que je trouve bien patient et courageux à rester debout (il n’a pas de chaise) et à suivre à la lettre ce qu’on lui dit. Je lui trouve par ailleurs une certaine ressemblance avec Jackie Chan, la petite barbichette en plus…

Une fois en pleine mer, deux de nos compagnons passagers nous annoncent avoir vu des dauphins à nouveau, alors même que je scrutais la mer aux jumelles 5 minutes avant. Décidément, ils me fuient !

Pour finir la journée, nous avons le droit à une petite annonce en anglais, français et philippin à propos du changement d’heure à venir. Et oui, c’est aussi ça les joies du voyage en cargo d’Est en Ouest, on gagne presque tous les jours une heure de sommeil. C’est beau non ?