Islande J13 : la conclusion du bilan final

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Pour ce dernier jour, je n’ai que le temps d’aller rendre ma voiture puis de me rendre à l’aéroport. Aussi j’en profiterai pour faire un rapide bilan, n’hésitez pas à poser des questions si vous voulez plus de précisions.

Voiture

La voiture justement. Il existe une toute une panoplie d’assurances supplémentaires (réduction de la franchise en cas d’accident, protection contre les tempêtes de sable et de poussière, etc) qui peuvent faire monter le tarif de plusieurs dizaines d’euro par jour. On est fortement poussé à y souscrire, si bien que si l’on ne garde que l’assurance de base, on nous fait signer une décharge pour confirmer que les autres types d’assurance nous ont bien été proposés, et qu’on a sciemment choisi de les refuser. J’ai roulé 2500 km (en 13 jours \o/) avec ma petite Micra sur des routes pas toujours évidentes comme vous avez pu le lire, et en faisant un minimum attention (garder ces distances sur les routes où les autres véhicules peuvent projeter des graviers, ne pas aller sur les routes réservées aux 4×4, etc) je n’ai eu aucun problème. Maintenant ce n’est pas une règle absolue, c’est à l’appréciation de chacun.

Autre chose sur la voiture, j’avais choisi de louer un bidon d’essence en plus pour ne pas tomber à sec au milieu de nulle part. Résultat je ne l’ai jamais utilisé, car même si dans les Westfjords, région la moins densément peuplée, les villages sont éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres, il y a toujours une station service en accès libre 24/24h dans chacun d’eux. Donc il suffit d’être prévoyant et de ne pas attendre la réserve, et vous pouvez rouler tranquille :)

Randonnées

Outre les circuits très fréquentés, il y a beaucoup de panneaux au long des routes qui indiquent le départ de randonnées. Elles sont toutes très bien balisées ensuite, mais au départ il n’y a nulles indications quand à leur destination, leur longueur ou leur difficulté. Aussi je pense que c’est une très bonne idée de s’acheter sur place ou avant d’arriver un guide qui les détaille pour ne pas aller au petit bonheur la chance (même si ça a son charme).

Parcours

Sauf si vous tenez absolument à voir des lieux en particulier, le mieux est de découvrir le pays au jour le jour. Car il y a tellement de choses dépaysantes, que si on reste ouvert à ce que l’on voit on trouvera toujours de quoi être surpris, partout. Inutile de se pencher sur la rédaction d’un parcours détaillé des points d’intérêts avant de se lancer. Il n’y a guère de plus à faire que de prévoir les hébergements pour chaque jour.

Budget

Il s’agit d’un aperçu global, je n’ai pas tenu des comptes très détaillés.
Pour 13 jours de voyage :

  • Avion : 560 €
  • Voiture : 830 €
  • Hébergement : 600 €
  • 1 journée en bus vers Landmannalaugar : 90 €
  • Essence : 200 €
  • Nourriture : 200 €
  • Ferry (voiture + 1 personne) 75€

Total : ~2500€

Sachant que :
– la voiture était une Nissan Micra, vous pouvez multiplier le prix par 1,6 / 1,8 pour un 4×4
– les hébergements étaient des auberges de jeunesse majoritairement, vous pouvez diviser par 2 si vous choisissez le camping
– la nourriture ne comprend aucun restaurant (qui sont très chers)

Ce qu’il reste quand on enlève le bling-bling marketing

  • les déserts de sable noir de la côte sud (le vide, l’infini, la force qui s’en dégage)
  • le sud et l’ouest des Westfjords (le calme, la grandeur, la solitude)
  • Landmannalaugar (la force de la nature, la beauté, la surprise)
  • la péninsule de Snæfellsnes et Stykkishólmur (la sérénité, l’harmonie, la proximité)
  • le champ de lave du Laki, le soir après une journée ensoleillée (la féérie, la féérie, la féérie)

De manière générale, c’est une bonne idée de profiter de cette période entre chiens et loups, où le soleil derrière l’horizon continue à illuminer le ciel. C’est une ambiance que l’on ne peut connaître en France, et qui enrobe le monde d’une atmosphère particulière.

 

THE END.

Islande J12 : la solitude des plages de sable noir

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La brume embrasse Vik dès le petit matin, isolant sa plage de sable noir des hauteurs verdoyantes, la plongeant dans les limbes où errent les vaisseaux fantômes.

Il n’y a là que le rouleau régulier des vagues, qui vient vous lécher les pieds, qui se brise et s’apaise, qui hypnotise tant il est régulier et en même temps différent à chaque fois.

 

Il y a peu de monde sur plage, et chacun semble être à sa place ici, respectant le lieu, venant y puiser la vivification qu’il apporte.

Vik, le matin.
Vik, le matin.

 

Plus à l’Est, le sable noir (c’est plus des très petits galets d’ailleurs) est toujours à l’honneur, et les plages s’enchaînent. Pitons rocheux émergeant de la mer, orgues basaltiques, nichés d’oiseaux, toutes ont leurs spécificités. Les touristes sont aussi bien plus nombreux que sur la plage de Vik, il y a foule à se marcher dessus par endroit.

Pâtés de sables, version volcanique.
Pâtés de sables, version volcanique.

Sur l’une d’elle se trouve la carlingue d’un avion, qui a atterri en catastrophe sur une rivière glacée proche, un jour de novembre 1973. Il s’agit d’un DC3 de l’armée américaine, qui a largement été démantelé depuis.

Malgré la distance de la route (compter une bonne grosse demi-heure de marche à pied pour l’aller, autant pour le retour), nombre de touristes viennent tour à tour se pavaner devant la carcasse ou grimper sur son sommet. La mise en scène prévaut sur la jouissance de l’instant présent ou sur le respect des lieux (qui reste un accident quand bien même il ne fit pas de victime).

Il ne reste plus grand chose après 43 ans.
Il ne reste plus grand chose après 43 ans.

 

Et une dernière cascade pour la route ! Skógafoss. Si les autres que j’ai pu voir sont toutes vendues comme les plus puissantes, les plus hautes, les plus longues, et je ne sais quoi encore, celle-ci n’a rien de tout cela. Et pourtant, je la trouve particulièrement impressionnante, car l’eau arrive en haut pratiquement sans vitesse horizontale, et elle ne fait que tomber, elle n’est pas projetée. Elle tombe c’est tout, lentement, c’est un rideau d’eau.

Et c’est la même rengaine ici, on ne vient plus admirer une curiosité naturelle, on vient se mettre en scène, devant.

Les rideaux, façon islandaise.
Les rideaux, façon islandaise.

 

Juste à côté se trouve le musée de Skógar. C’est un ensemble de plusieurs bâtiments disparates, où se mélangent beaucoup de pièces présentées. Historique de la radio, des télécommunications, et des transports. Vie maritime en Islande. Reconstitution d’une ferme, d’une école et d’une habitation du début du XXème siècle (reconstruite avec les matériaux d’origine, du bois flotté ou récupéré sur les nombreuses épaves).

La ferme est ici aussi enterré dans la tourbe et séparée en plusieurs petites cases, d’un côté la cuisine pour parer aux incendies, de l’autre les couchages, et ailleurs encore le stockage et l’atelier.

Le reste est un peu fourre-tout, mais permet de découvrir la vie des islandais du XVIII-XIXème siècle dans l’isolement de leur île, où chacun construisait ses propres outils.

Ils avaient peut-être pas le confort, mais ils avaient le charme.
Ils avaient peut-être pas le confort, mais ils avaient le charme.

 

Mouton du jour :

Je l'ai trouvé en train d'errer devant un cimetière.
Je l’ai trouvé en train d’errer devant un cimetière.

 

41 photos auprès duquel vous ne pouvez pas passer car il s’agit des dernières du voyage.

Islande J11 : les tentacules du Vatnajökull

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C’est l’étape la plus longue aujourd’hui, et de loin, mais je ne pouvais pas passer à côté du lac Jökulsárlón, vous allez voir pourquoi.

Je longe donc la côte sud, là où se jette de nombreuses rivières prenant source dans les glaciers voisins. En cas d’éruption ou de réchauffement du volcan sous les glaciers, ces mêmes rivières se transforment l’espace de quelques jours en torrents déchaînés rasant absolument tout sur leur passage jusqu’à la mer. C’est pour cela que s’étendent là de longs passages arides, véritables déserts de sable noir. Encore un nouveau paysage, encore une nouvelle ambiance. Et je peux comprendre cette envie de quitter la route pour faire du hors piste (pourtant formellement interdit), pour s’imbiber au mieux de cet horizon, qui bien que complètement vide apporte justement une présence forte.

La route se vide à nouveau.
La route se vide à nouveau.

 

Je n’ai malheureusement pas le temps de m’abandonner comme je l’aurais souhaité dans ce lieu à l’atmosphère particulière, et je ne peux qu’admirer en passant le courage simple de quelques brins de verdures qui pointent à travers la désolation.

La rosée du matin, version islandaise.
La rosée du matin, version islandaise.

 

Plus loin vers l’Est s’étend un immense champ de lave, résultat de l’éruption du volcan Laki et de ses petits voisins (une centaine de cratères !). C’est en 1783 qu’ils explosèrent tous en cœur, relâchant quantité de lave, de cendres et de gaz toxiques. À court terme, cela provoqua la mort de 20% de la population islandaise, à plus long terme cela dérégla en profondeur les saisons pour quelques années, provoquant une immense famine au Japon ou encore une baisse du cours du Nil en Afrique. En France, l’hiver qui suivi fut des plus froids puisqu’il gela la Seine, et conduisit quelques années plus tard à une révolution qu’on connaît bien.

De la lave, plein. Bon avec de la mousse c'est moins impressionnant que quand elle est en fusion, mais quand même.
De la lave, plein. Bon avec de la mousse c’est moins impressionnant que lorsqu’elle est en fusion, je vous l’accorde.

Plus à l’Est encore attend le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. À lui seul il occupe 8% de la superficie de l’Islande ! Et plus on avance, plus on se rend compte ce que cela signifie. Dans chaque vallée qui s’ouvre sur la route et sur la mer descend une langue de glace énorme, qui se termine par un lac de fonte. Les vallées s’enchaînent, et dans chacune d’elle la même glace qui descend des sommets. Cela me donne vraiment l’impression d’un géant tentaculaire, qui repose sur les hauts sommets des volcans qu’il domine, et qui étend ses bras de glace partout où il le peut.

Une tentacule du tentaculaire glacier.
Une tentacule du tentaculaire glacier.

Le Jökulsárlón est justement un de ces lacs qui se trouvent au pied du glacier. Celui-ci a la particularité d’être le plus gros et de laisser dériver à sa surface des icebergs jusqu’à la mer toute proche. Il y a là plusieurs centaines de ces icebergs qui se bousculent à la sortie pour passer sous le pont où coule le bras d’eau vers le grand large.

Plus à l’Ouest, ils sont moins nombreux, mais plus facilement détaillable, et il est d’ailleurs possible de se promener tout au long de la berge pour se rapprocher au plus près du bas du glacier. Il n’y a d’ailleurs là plus aucun touriste, les seuls signes de vie sont quelques oiseaux peu farouches qui sautillent près de moi.

Générateur d'iceberg.
Générateur d’icebergs.

 

Les formes et les couleurs sont toutes différentes, certains font quelques centimètres à peine, et échouent sur les bords du lac pour y fondre en quelques secondes, d’autres sont long de quelques dizaines de mètres et parfois se retournent quand le centre de gravité bouge.

Dans ces eaux gelées barbotent quelques phoques, mais aussi de nombreuses troupes de canards qui semblent parfaitement équipés pour ces températures. Les duvets de canards dans nos couettes ne sont pas là par hasard.

Un iceberg fraîchement retourné.
Un iceberg fraîchement retourné.

Au loin, les grondements sourds en provenance du glacier laisse présager des forces de la nature qui se dispute un bloc de glace, et qui restent invisible à notre œil.

 

Le soleil s’en va par-delà les montagnes, et j’en m’en rentre aussi par la route du matin. Mais ce n’est pas le même chemin que précédemment. Non, cette période entre chiens et loups qui s’installe après que le soleil soit passé sous l’horizon, et que nous ne connaissons pas en France change complètement le paysage. La Lune se teinte de rose, le brouillard commence à monter des champs cultivés mais aussi des champs de lave plein de mousse. Et cela change complètement le ressenti de ces lieux, on passe d’un désert bosselé de mousse à quelque chose de beaucoup plus vivant. Les courbes sont adoucies par cette brume qui remplie d’abord les creux, et n’émergent alors plus que quelques pointes ça et là. Cette ombre blanche se nourrit et s’épand à l’infini, recouvrant des zones entières dans son manteau fumeux, laissant alors à notre imagination la chance d’y voir ce qu’elle veut. Féerique. Oui vraiment, c’est absolument féerique, il n’y a pas d’autres mots. La Terre du Milieu n’est plus très loin.

Mais il faudra aller sur place pour en profiter, je n’ai pas de photos à vous montrer. Prendre des photos ou prendre des auto-stoppeurs, il faut choisir.

 

Moutons du jour :

Ghetto pour moutons
Ghetto pour moutons

 

48 photos d’icebergs prises par Aragorn en cliquant ici.

Islande J10 : générateur de cartes postales

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Voilà le moment d’aller dans la partie de l’Islande que vous attendiez tous depuis le début (faites semblant sinon, soyez sympas), celle qui sert de générateur de cartes postales ou d’étalonnage pour les couleurs de votre écran, celle qui motive le touriste à porter 40kg sur ses épaules et à lutter contre le vent et la pluie, celle qui était jadis le repère des contrebandiers et des brigands contraints à l’exil, j’ai nommé Landmannalaugar.

On se presse pour prendre le bus qui nous emmène sur les hauts plateaux de l’intérieur de l’île. L’accès est réservé aux 4×4 sur ces routes, et ces bus sont justement suffisamment haut pour s’y aventurer également. D’ailleurs de manière générale il y a beaucoup de véhicules sur les routes qui ne sont pas juste des 4×4, mais qui sont de vrais mastodontes surélevés pour passer vraiment partout.

You shall not pass !
You shall not pass !

 

Durant l’heure et demie que dure le trajet sur cette route caillouteuse, on traverse à gué plusieurs rivières, et les paysages alternent entre les déserts de sable noir et les champs de lave, où à chaque fois la végétation se limite à quelques touffes d’herbe ou plus généralement à de la mousse. Par endroit encore, au détour d’un col ou d’une vallée, on peut voir d’immenses prairies dans lesquelles gambadent gaiement quelques moutons errant au loin.

 

Qui veut gambader avec moi ?
Qui veut gambader avec moi ?

 

Après une dernière rivière à traverser, le bus nous dépose près du camping qui se trouve au départ de toutes les randonnées locales. Motivé qu’il faut être pour dresser sa tente ici, dans un champ de cailloux balayé par les vents.

 

Un bus amphibie, ou presque.
Un bus amphibie, ou presque.

 

Dès le parking, le paysage offre des formes et des couleurs des plus étranges, mais il faut monter un peu et traverser un champ de lave pour en découvrir d’avantage. Et là, même en y étant préparé, c’est une claque qu’on se prend. Tout autour de nous, il n’y a que des montagnes aux pointes arrondis, des bosses et des ravines, à la palette de couleurs improbable mais en même temps tellement harmonieuse. Ocre, orangé, rouille, blanc cassé, vert bien gras, gris, noir profond, et par endroit même violet ou  bleu d’eau (oui oui, ça existe, sortez votre nuancier).

 

Là où s’arrête le champ de lave s’étend une immense prairie où se divisent et se croisent de nombreux cours d’eau. Et tout autour, ces montagnes bosselées bariolées de mille couleurs. C’est un endroit totalement surnaturel, mais en même temps qui paraît harmonieux, immaculé, façonné avec passion au fil des siècles par les éléments. Et à vrai dire si, cela semble complètement naturel. C’est le désert aride qui rencontre l’eau et la vie, ce sont les profondeurs volcaniques de la Terre qui goûtent aux joies du soleil, de l’air et de la pression de surface.

 

Landmannalaugar dans toute sa splendeur.
Landmannalaugar dans toute sa splendeur.

 

Bien différente et changeante est la météo dans cette région, comme toute météo de haute montagne, bien que nous ne soyons qu’à 600 mètres d’altitude. Et si le soleil perce par moment, la couverture nuageuse se fait plus épaisse à mesure de la journée, mais n’enlève rien à l’atmosphère du lieu, bien au contraire.

Les moutons, imperturbables brouteurs peu importe là où ils se trouvent, profitent de l’herbe bien verte de la prairie. Certains éleveurs islandais prétendent que l’herbe est meilleure sur les hauts plateaux intérieurs comme ici, ce qui donnerait en conséquence une viande plus goûtue. Ils les laissent donc se promener par eux-mêmes durant la période estivale et viennent les récupérer quand leur laine ne leur permet plus de lutter contre le froid qui s’installe à l’automne.

 

Les chemins divergent ici, et certains tentent l’aventure sur plusieurs jours avec une tente sur le dos. Je me contenterai de rejoindre une crête et de la suivre pour avoir une vue dégagée sur ce haut lieu de la colline colorée. Mais avant cela, il faut traverser quelques cours d’eau, et c’est frappant de noter à quel point cela représente un obstacle oublié, quand le génie civil n’est pas passé par là pour construire une passerelle, quand on ne suit pas un beau sentier balisé et qu’on doit tracer soi-même sa route. Il faut remonter puis redescendre le cours d’eau, juger de la force des courants et des distances entre les berges. Et ensuite, les moins frileux (ou les plus patients) pourront se déchausser pour traverser pieds nus à gué, les moins patients (ou les plus fou-fou) pourront tenter de sauter par dessus le courant (je vous laisse deviner où je me range).

Le système capilaire aquatique.
Le système capillaire aquatique.

 

L’alternance des couleurs continuent sur la tranche de la crête, et les bandes de couleurs sont très marquées et ne se mélangent pas. Je découvre d’ailleurs dans une zone aux pierres orangés, un message à destination de nos voisins martiens. Il a volontairement été dessiné dans cette partie aux couleurs proches des couleurs martiennes, en signe de paix et de compréhension mutuelle entre peuples humains et martiens. Des précurseurs dans la diplomatie de demain ces Islandais.

Les américains envoient des plaques en or gravées avec les coordonnées de la Terre sur des sondes spatiales par-delà les limites du système solaire, les Islandais sont des gens plus simples et plus chaleureux.
Les américains envoient des plaques en or gravées avec les coordonnées de la Terre sur des sondes spatiales par-delà les limites du système solaire, les Islandais sont des gens plus simples et plus chaleureux.

En avançant encore et avant de redescendre, on peut distinguer clairement qu’il y a beaucoup de lac dans la région, vers lesquels convergent les différents cours d’eaux rencontrés. Voilà une autre incongruité de ce lieu où ces lacs surprennent beaucoup, car ce n’est pas du tout le décor dans lequel nous sommes habitués à les voir.

 

Pour qui veut, en revenant de la journée de marche, une source d’eau chaude près du camping permet de se réchauffer et de se détendre à même la rivière.

 

Sur le retour, avec le ciel qui s’est couvert et la brume qui descend rapidement prendre possession des lieux, les vallées prennent des allures fantastiques et irréelles. Il est compréhensible là-dedans de voir d’où les Islandais tirent leurs histoires de trolls, ils pourraient être cachés n’importe où.

Les pouvoirs magiques de la brume.
Les pouvoirs magiques de la brume.

Me reste un peu de chemin à parcourir pour arriver jusqu’à Vik où se trouve mon auberge du jour. Et cette petite ville ne manque pas à sa réputation de ville la plus pluvieuse d’Islande puisqu’elle m’accueille avec un crachin du soir.

 

Les moutons du jour :

Ils ont l'air un poil blasés par le paysage. C'est con un mouton.
Ils ont l’air un poil blasés par le paysage. C’est con un mouton.

55 photos de collines étranges en cliquant ici.

Islande J9 : les cascades abandonnées

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Je me réveille avec vue sur l’Helka, un volcan actif qui est susceptible de rentrer en éruption du jour au lendemain, car il est en retard dans son cycle qui est d’une éruption tous les 10 ans environ. Ceci rend donc l’ascension un poil risquée, car même si le service de surveillance sismique prévient par SMS les personnes présentes sur zone en cas de secousse annonciatrice d’explosion proche, encore faut-il avoir le temps de redescendre du côté de son véhicule pour fuir ensuite. Quoiqu’il en soit, il faut un 4×4 pour rejoindre la route qui s’en approche, cela règle donc le problème.

J’ai peu de kilomètres à faire aujourd’hui, donc je peux prendre le temps de suivre les indications de mon hôte pour visiter les coins alentours. À commencer par une piscine abandonnée, perdue en plein désert, à laquelle on accède par une piste qui n’est nullement indiquée. Bref, il faut vraiment savoir où on va et ce qu’on vient chercher pour trouver, sinon on a tôt fait de passer à côté ou de se perdre (il faut bifurquer de la route 32 au point suivant : 64.121639, -19.871243).

Un gros panneau sur le portail indique que la piscine est fermée, mais quelques voitures sur le parking et des bruits au loin incite à rentrer tout de même. On découvre alors une vielle piscine, effectivement bien abandonnée puisque des algues se sont développées au fond et contre les parois. Mais la source d’eau chaude à proximité, qui elle n’en a que faire des tumultes volatils de l’économie humaine, continue à faire jaillir de ses profondeurs une eau toujours aussi chaude, qui continue par la même occasion à alimenter la piscine. On se retrouve donc avec une piscine perdue au milieu de collines désertiques, continuellement remplie par l’eau de la source à côté, et dans laquelle des touristes avisés (ou conduit ici par un guide local, comme c’est le cas du groupe que je croise) viennent se réchauffer malgré l’état des lieux.

40° à l'ombre. Enfin non, dans l'eau.
40° à l’ombre. Enfin non, dans l’eau.

En revenant sur la route, tout proche de là se trouve la sympathique petite cascade de Hjálparfoss qui se distingue, outre par les deux bras d’eau qui se rejoignent au niveau de la chute, par la présence d’orgues basaltiques tout autour du lieu. Il s’agit là de la lave solidifiée qui s’est rétractée en se refroidissant pour former des « barres » collées les unes aux autres.

L'islande, l'autre pays des cascades.
L’islande, l’autre pays des cascades.

Pour finir le tour du coin, direction Stöng, où se trouve les restes d’une ferme mis à nus par des fouilles archéologiques, et une colline verdoyante sur les hauteurs derrière.

Petit souci sur place, si sur la carte la route n’est pas notée « F » (rappelez-vous, les F roads réservées aux 4×4), sur le terrain il y a un panneau qui précise que c’est le cas.

 

Il ne reste plus grand chose de la ferme en question, qui a probablement été abandonnée au XIIème suite à une grosse éruption de l’Helka. Ce qui est plus intéressant en revanche, c’est de continuer par-delà la ferme, en suivant les nombreux sentiers qui s’enfoncent dans la végétation plus dense sur cette colline, où se cachent dans la demi-ombre qu’elle offre de nombreux champignons. Il y a là de quoi préparer son dîner du jour pour qui sait les choisir.

 

Qui veut tester s'il est comestible ou pas ?
Qui veut tester s’il est comestible ou pas ?

En continuant encore un peu, on se retrouve dans un superbe lieu, intimiste, légèrement encaissé et protégé des éléments environnants, où se trouve plusieurs cascades. Elles ne sont pas de taille à concurrencer les plus grosses que j’ai pu croiser jusqu’ici, mais c’est leur présence toutes ici, c’est l’ensemble qui donne au lieu cette ambiance particulière. Sur le promontoire rocheux au centre, on a des cascades sur 180°. Et la verdure, attirée par toute cette eau, n’est pas en reste, c’est assez rare en Islande pour le souligner. C’est en fait un oasis, un véritable oasis perdu au milieu du désert.

Conseil à ceux qui veulent tenter la même chose et qui n’auraient pas de 4×4, au lieu de prendre la 327 au niveau de Hjálparfoss, allez plus au nord prendre la 332 puis bifurquez à gauche sur la 327, le chemin est plus court, même si vous arriverez directement à côté des cascades sans grande possibilité de traverser pour aller cueillir des champignons.

Je m’en descends ensuite vers Selfoss pour rejoindre mon hébergement, et dois passer sur une piste de graviers. Et là, je découvre encore une variante de la conduite en Islande, la piste en « tôle ondulée ». La formation de ces petites vaguelettes est assez floues, mais c’est le passage répété des véhicules qui les crée. Les amortisseurs de la voiture crient au supplice, et le corps est pas loin d’en faire de même, tant on se sent secoué. Comme dans Le salaire de la peur, on est tenté de rouler plus vite pour essayer de rester sur les crêtes et ne pas retomber dans les creux. Et ça marche plutôt bien, on est bien moins secoué à 60km/h sur ce type de piste qu’à 20km/h, même si c’est assez risqué tant on y perd en adhésion. Heureusement la piste est droite et les autres voitures peu nombreuses.

J’ai croisé d’ailleurs, ici et avant ces derniers jours, de nombreux travaux de réfection de la chaussée. Des travaux à pas d’heure le soir et le dimanche aussi, c’est à se demander quand ils se reposent ces Islandais. Qui à dit l’hiver ? Les routes secondaires non goudronnées ont peut-être des jours comptés.

 

Me voilà à nouveau sur la route N°1, qui m’ouvre à la côte sud du pays, la plus pluvieuse. Cela se confirme aussitôt puisque, après une première semaine où le soleil était présent pratiquement à longueur de journée, la pluie m’accueille à Selfoss.

Dans l’auberge du soir, comme à plusieurs autres endroits en Islande d’ailleurs, une chose surprend dans la salle de bain. L’eau chaude dégage une odeur de souffre. Un peu perturbant au moment de se laver les dents ou de prendre sa douche.

 

Les moutons du jour :

Moutons du désert.
Moutons du désert.

30 photos de champignons mignons en cliquant ici.

Islande J8 : Mars, cet ersatz de l’Islande

Publié le par dans Islande.

En route pour le circuit des grands sites touristiques aujourd’hui, en suivant la route 435 qui offre un décor des plus étranges, très différent de ce que j’ai pu voir jusqu’à maintenant. Des petites montagnes volcaniques sur lesquelles essayent vaillamment de pousser quelques touffes d’herbes là où la mousse laisse un peu de place. Cette mousse justement est très épaisse, on peut s’enfoncer de 10 centimètres lorsqu’on marche dessus. Il est d’ailleurs demandé d’y faire attention et de suivre les sentiers pour ne pas abîmer cette végétation qui peine à se développer.

C’est une région très active en sous-sol, et on aperçoit régulièrement des fumerolles naturelles ainsi que les fumées des centrales géothermiques du coin. La centrale de Nesjavellir près de laquelle je me suis arrêté justement, produit de l’électricité mais canalise aussi de l’eau chaude (sous forme de vapeur ?) vers la capitale, via un réseau d’oléoducs qui courent le long de la route.
Il s’agit d’une énergie abondante en Islande, presque la totalité des habitations sont chauffées ainsi. Le chauffage y est allumé toute l’année même en été, et il ne semble pas perturbant pour les islandais de laisser les fenêtres ouvertes dans le même temps pour garder une bonne circulation de l’air.

Le chauffage, ça vient de là.
Le chauffage, ça vient de là.

Si le lieu n’avait pas été entouré de toutes ses fumerolles et si sur le parking ne se trouvait pas un bus emportant un groupe de touristes, on pourrait aisément penser qu’il s’agit en réalité d’un immense complexe secret, qui sert de prototype à l’agence spatiale islandaise pour tester les futurs habitats martiens.

Oh wait. Où est passé ce bus de touristes ?

Euh, c'était pas orange Mars à la base ?
Euh, c’était pas orange Mars à la base ?

En continuant un peu plus haut, on tombe sur le lac de Þingvallavatn, le plus grand du pays. Il y a très peu d’arbres en Islande, et beaucoup sont autour de ce lac, de ce côté-ci. Parmi eux se cachent de nombreuses et riches résidences secondaires aux immenses baies vitrées tournées vers le spectacle de cet immense étendu d’eau douce.

Le chemin mène ensuite implacablement vers Þingvellir, haut lieu touristique et avant cela haut lieu historique du pays. C’est là où fut mis en place le parlement à l’arrivée des colons norvégiens, et plus récemment, c’est là où fut décrété l’indépendance du pays en 1944. Quand on se trouve sur place et qu’on repense à cette situation pas si lointaine, on ne peut qu’être ému en visualisant cet épisode. Devant la foule rassemblée et décidée à s’unir pour construire une nation indépendante, du haut du promontoire naturel rocheux et sous une pluie battante, le premier président fraîchement élu lisant le télégramme du roi du Danemark (alors nation à laquelle l’Islande était rattachée) envoyé du fond de sa prison tenue par les armées d’occupation allemandes, dans lequel il félice les islandais pour cette décision (pourtant unilatérale), leur souhaitant par la même bonne chance.

 

L’immense plaine qui s’étend au nord du lac se trouve sur une faille géologique, et le bord ouest est parfaitement délimité par une paroi rocheuse de plusieurs mètres de haut qui s’étend sur plusieurs kilomètres !

Au milieu d'une faille.
Au milieu d’une faille.

Il y a de nombreux parkings répartis à plusieurs endroits de la plaine, mais heureusement comme le lieu est immense cela ne défigure pas grand chose. Et on trouve en ce lieu de nombreuses petites rivières qui s’en vont jusqu’au lac, s’arrêtant au passage pour former des étangs ou pour se glisser dans les différentes failles naturelles qui émerveillent par leur pureté immaculée. À ce propos, il semble même possible de plonger dans quelques unes de ces failles pour qui veut, comme vu ici.

Une autre faille, en version inondée.
Une autre faille, en version inondée.

Direction Geysir, localité qui tire son nom d’un des geysers qui s’y trouve. Enfin j’ai des doutes sur le sens du lieu de cause à effet entre le nom du lieu et la présence de ces phénomènes géologiques. Mais qu’importe, ils sont bien là. Enfin il d’ailleurs, parce que le second, plus puissant encore que celui en activité est en sommeil depuis quelques années. Encore une fois, perdu au milieu de la toundra rien ne laisse présager du lieu qu’on découvre ici. Groupés sur quelques centaines de mètres, en trouve beaucoup de fumerolles, de petits ruisseaux d’où émanent de manière bien visible de la vapeur d’eau, laissant deviner la température élevée de l’eau, ou encore des petites cuvettes où barbote de l’eau bouillante, avec par endroit l’odeur assez forte du souffre.

Brûlis pour planter des pommes de terre. Oh wait, en fait non.
Brûlis pour planter des pommes de terre. Oh wait, en fait non.

L’attraction du lieu est le Strokkur qui à intervalle assez régulier se réveille pour cracher une gerbe d’eau bouillante à plusieurs dizaines de mètres du sol, qui au contact de l’air et avec la pression ambiante se vaporise presque aussitôt pour disparaître à tout jamais, et dont il ne reste que quelques traces pixelisées au fond des cartes mémoires des appareils photos qui pullulent alentour. L’expression « partir en fumée » prend tout son sens ici, car de ce puissant jet qui sort de terre il ne reste absolument rien après quelques secondes une fois l’eau volatilisée dans l’air ambiant.

Je vous laisse empiler les petits bonhommes et compter les pixels pour savoir combien ça fait de haut.
Je vous laisse empiler les petits bonhommes et compter les pixels pour savoir combien ça fait de haut.

Je poursuis ma boucle pour tomber sur une autre curiosité naturelle, encore une fois sortie de nulle part, encore une fois attirant beaucoup de touristes, les chutes de Gullfoss. Et il y a de quoi être impressionné, tant par la forme étrange de cette rivière qui fait un coude que par le débit. Il s’élève de la cascade un nuage de vapeur qui retombe en pluie sur toute une partie du chemin qui y mène, et qui créé même ce que j’appellerai Quezac des « contre cascades » sur le versant opposé de la gorge qui évacue l’eau.

Une petite cascade pas piquée des hannetons.
Une petite cascade pas piquée des hannetons.

Moutons du jour :

Si vous ne voyez aucun moutons sur cette photo, c'est normal. Bravo, vous êtes bien réveillé.
Si vous ne voyez aucun moutons sur cette photo, c’est normal. Bravo, vous êtes bien réveillé.

37 photos qui ne montrent pas les premiers pas de l’homme sur Mars en cliquant ici

Islande J7 : retour sur la Nationale 7

Publié le par dans Islande.

C’est une étape de transition aujourd’hui, retour à Reykjavik avant de commencer la deuxième semaine de mon périple. Et le chemin est long, je ne traîne donc pas, d’autant que j’aimerais me promener un peu en arrivant le soir.

L’intérieur des terres dans ce coin là est moins intéressant, même si on est toujours surpris de découvrir par endroits au bord de la route des recoins où l’eau apporte la vie et les couleurs au milieu du désert, et où la neige éternelle se prélasse au soleil, narguant les principes de la physique.

Le blanc au fond, c'est de la neige.
Le blanc au fond, c’est de la neige.

Je rejoins bientôt la route N°1, celle qui fait le tour de l’île, et le contraste est frappant avec les petites routes sur lesquelles je circule depuis plusieurs jours. Pas au niveau de la qualité de la route non, car hormis les routes en graviers les autres petites routes sont bien asphaltées, mais au niveau du nombre de voitures que je croise. C’est le jour et la nuit, et on se croirait par moment sur la Nationale 7. En effet, faire le tour de l’Islande via la route N°1 est le trajet le plus couru pour les voyageurs, tandis que les Westfjords, région d’où je viens, n’attire que 5% des touristes. Finis les lieux à visiter tout seul, finis les routes où on peut s’arrêter en plein milieu sans gêner personne. Espérons que je pourrais retrouver un peu de ce calme plus avant dans le voyage.

Je m’arrête un instant pour gravir un autre joli cratère, celui du volcan Grábrók, et pour admirer son petit voisin qui a été transformé un temps en carrière mais qui reste parfaitement découpé. C’est toujours aussi fascinant de voir à quel point ces cratères sortent de terre au milieu de nulle part.

Qui pourrait croire qu'un grand centre hôtelier se trouve à 100 mètres de là ?
Qui pourrait croire qu’un grand centre hôtelier se trouve à 100 mètres de là ?

Après quelques courses à Reykjavik et notamment l’achat pour dépannage d’une carte mémoire (35€ les 16Go), je me promène un peu à la découverte d’autres quartiers ignorés le premier jour. Je passe notamment à côté du cimetière, qui est formé d’un enchevêtrement anarchique de sentiers, de pierres tombales et d’arbres, qui dégage une atmosphère étrange. Il est malheureusement fermé à l’heure qu’il est, et je ne peux l’observer que par-dessus l’enceinte.

Je suis sûr que c'est un spot couru chez les elfes.
Je suis sûr que c’est un spot couru chez les elfes.

Et dans la foulée, je découvre le lac qui s’étend au centre de la ville, loin de l’animation du port.

Encore un lieu propre à l'apaisement.
Encore un lieu propre à l’apaisement.

 

Les moutons du jour :

Prends garde voyageur, les moutons t’observent. Partout.
Prends garde voyageur, les moutons t’observent. Partout.

16 photos compromettantes de moutons : photos J7.

Islande J6 : la solitude du dauphin

Publié le par dans Islande.

Je commence à amorcer la boucle du retour, direction l’est maintenant, en suivant toujours la côte. Je vais traverser pas moins de 9 fjords différents dans la journée.
La première surprise du matin ne se fait pas attendre. Je vois une voiture arrêtée sur la route devant moi, et deux personnes qui scrutent les eaux de la mer. J’en viens à regarder moi aussi ce qui peut bien capter ainsi leur attention de manière aussi soutenue : des dauphins !
Ils sont à une trentaine de mètres à peine de la route, et on les entend parfaitement respirer quand ils paraissent hors de l’eau. Il y en au moins 6 ou 7 qui sont venus trouver un brin de calme au fond de ce fjord.

Les voilà qui repartent vers le large.
Les voilà qui repartent vers le large.

À suivre les lacets de la route le long de la côte, on augmente nettement les distances. Quand sur la carte à vol d’oiseau il n’y a que 40 kilomètres, la route elle en fait 170 ! Mais qu’importe, je ne suis nullement pressé, bien au contraire.
Toujours sur l’horizon nord de ce parcours, on aperçoit une région complètement inhabitée. Et encore au nord de celle-ci, se trouve la réserve de Hornstrandir, tout autant inhabitée, mais où mène plusieurs lignes de bateau pour qui veut aller randonner dans ce coin reculé du pays, à la poursuite des renards arctiques.

Plein nord.
Plein nord.

Les lacets s’enchaînent encore, jusqu’à un panneau au bord de la route qui nous indique la présence de phoques ! C’est un coin très prisé par ces animaux visiblement, quelques rochers affleurent ici à la surface de l’eau. Et ils sont bien là, quelques dizaines au moins, à prendre le soleil dans leur position caractéristique, la tête et la queue relevées. Ils font un peu plus d’un mètre, et leur robe va du noir au blanc/gris tacheté. Ils n’ont par ailleurs visiblement pas peur des photographes en herbe qui se massent sur la berge, à quelques dizaines de mètres de là.

Phoques en train de se dorer la pilule au soleil.
Phoques en train de se dorer la pilule au soleil.

Contrairement à la veille où mon auberge de jeunesse avait des allures de dortoir pour réfugiés du régime stalinien, celle d’aujourd’hui est flambant neuve. Le contraste est saisissant, elle est même peut-être trop équipée, chaque lit ayant son petit rideau pour l’intimité et dispose d’une télé individuelle dans ce petit box, avec un compte Netflix en prime. Il n’y a en revanche presque pas de voyageurs, si bien que je me retrouve seul dans un dortoir. Je suppose que les travaux se sont terminés il y a peu et que l’établissement a raté la période du pic des réservations estivales.

Je m’en vais visiter le musée de la sorcellerie, attraction locale du fait des fortes croyances qui étaient en vogue dans cette partie de l’Islande au cours des siècles passés, et qui ont conduit plusieurs personnes au bûcher. Il y est détaillé de nombreuses pratiques qui avaient cours à l’époque, toutes aussi difficiles à comprendre les unes que les autres. Vous en voulez quelques unes ? Il y a par exemple le tilberi, une créature mise au monde à partir d’une côte humaine, nourri au sein d’une femme et qui quand elle sera suffisamment grande ira voler le lait des vaches. Ou encore le nábrók, ce pantalon fait en peau humaine à partir du dépeçage d’un cadavre, qui une fois enfilé fait apparaître indéfiniment de l’argent (je vous passe les détails techniques). Mais pour ce dernier cas, il est important d’obtenir au préalable l’accord de la personne défunte, avant sa mort de préférence. Je ne vous mets pas les photos ici, ça peut-être un peu perturbant, vous les avez dans les liens si vous y tenez.

Y’aura-t-il des musées dans le futur qui relateront les pratiques archaïques du XXIème siècle ?

La journée n’étant pas fini, je m’aventure vers Drangsnes pour faire le tour de cette petite pointe. La côte ici est exposée nord-est, et on trouve sur les grèves de nombreux troncs de bois flotté en provenance de Sibérie. Et ce qui est frappant, c’est que la propreté de l’Islande se retrouve ici aussi. Car outre les troncs d’arbre il y a aussi quelques déchets rejetés par les flots, des restes de filets ou d’autres matériels maritimes généralement. Et bien même dans cette endroit reculé, qui n’est pas du tout sur le chemin des touristes, les déchets sont ramassés et empaquetés pour ramassage ultérieur. C’est à ce souci du détail qu’on comprend un peu mieux la propreté du pays. La propreté entraîne la propreté, et bien qu’il n’y ait presque pas de poubelles publiques dans les rues (c’est un choix et pas un oubli), il n’y a que très peu de saleté dans les villes ou dans la nature, car personne n’a envie d’être le premier à souiller les lieux.

Le ramassage des déchets en bord de mer.
Le ramassage des déchets en bord de mer.

J’ai envie de regarder un peu le ciel ce soir pour voir ce que ça donne dans ce coin du monde, alors pour attendre la nuit je m’en fais faire un tour à la piscine qui reste ouvert tard et qui offre plusieurs bassins aux températures variées : 5°, 34°, 39° ou 42°. À choisir selon ses envies et à faire dans l’ordre qu’on veut.

Plus l’heure tourne et plus je me rends compte qu’en fait c’est peut-être pas ma meilleure idée que celle d’observer le ciel. Même en s’éloignant de la ville, le ciel reste clair (la photo ci-dessous a été prise à 23h40), et comme il est en plus assez couvert, je m’en retourne à l’auberge. Au moins la lumière m’aura-t-elle permis de voir que les bananes (cultivées localement !) que j’avais achetées sont plus jaunes qu’il y a deux jours, alors je me console en m’en régalant d’une.

Hólmavík, la nuit. Enfin la nuit, je me comprends.
Hólmavík, la nuit. Enfin la nuit, je me comprends.

Les moutons du jour :

Moutons fleuris.
Moutons fleuris.

29 photos de dauphins, de chatons et de bébé phoques en cliquant ici : photos J6.

Islande J5 : la spirale infernale du wow effect

Publié le par dans Islande.

Toujours un peu plus au nord, voici ma devise de ces derniers jours qui me fait passer pour le Tryphon Tournesol local, la moustache en moins.

Je prends la direction de Ísafjörður, la plus grande ville de cette région d’Islande, en suivant la côte. Il n’y a guère le choix de toute manière, les villages sont très espacés les uns des autres, et les routes peu nombreuses. Et le trafic sur ces routes est bien représentatif de cet isolement, on ne croise que très peu d’autres voitures. Ce qui permet de ralentir voir de s’arrêter sur la chaussée pour prendre des photos ou contempler les alentours sans gêner personne, sans avoir à trouver de bas-côté pour se garer. Et puis, accessoirement, cela permet aussi de profiter de ces paysages grandioses dans un silence absolu, ce qui les rends plus immenses encore. Et puis quand, au long du chemin, au fond d’un fjord, une plage de galets se dessine, on est tenté de s’asseoir là, d’écouter ce concert et de ne plus bouger. Jamais.

Le silence éternel de l'espace infini m'effraie, mais là ça va.
Le silence éternel de l’espace infini m’effraie, mais là ça va.

Plus on avance et plus on découvre des lieux extraordinaires. L’effet de la découverte est primordial dans ce ressenti, car on peut rouler quelques kilomètres perdu au milieu d’un désert aride, puis tomber subitement ébahi devant un lac ou une cascade verdoyante. Et ces petits espaces enchanteurs n’en finissent plus de se dévoiler les uns après les autres, de manière toujours aussi surprenante.

Un lac perdu sur les hauteurs.
Un lac perdu sur les hauteurs.

Et parmi cette variété de paysages, il n’y a qu’une constante, les triplettes de moutons. Ils sont partout, au bord de la mer les pieds dans le sable, sur les pentes abruptes, sur les hauts plateaux à braver les éléments ou encore perdus dans un désert de pierres. Il n’y a que très peu de clôtures et ils peuvent se promener librement durant toutes la période estivale. Et bien qu’ils semblent avoir assez bien assimilé le concept des voitures (ils attendent qu’elles passent pour traverser la route), ce n’est pas le cas de tous les individus et il faut rester vigilant quand on passe près d’eux. Ils circulent d’ailleurs très souvent par trois, la mère et ses deux agneaux d’après mes recherches.

Je m’arrête en route dans un musée qui retrace quelques pans de l’histoire islandaise, et notamment sa colonisation par des norvégiens fuyant les taxes et les persécutions du roi Harald Ier, à cheval entre la fin du IXème et le début du Xème siècle. Ce faisant, ne voulant remettre en place le système qu’ils venaient de fuir (une royauté), ils instaurèrent un système parlementaire qui fut le premier en Europe.

À l’extérieur, une maison historique caractéristique d’Islande a été reconstruite, avec des murs et des toits en tourbes. Toits sur lesquels la végétation ne manque pas de pousser. C’est ce qu’il y a de plus pratique quand sur l’île il n’y a pas de bois (et oui, pas de forêt en Islande), et je suppose que niveau isolation thermique cela doit aussi représenter quelques avantages.

Pas de colonisation romaine, pas de tuiles. Pas de tuiles, pas de tuiles.
Pas de colonisation romaine, pas de tuiles. Pas de tuiles, pas de tuiles.

Avant d’arriver, il me reste à traversée une dernière curiosité locale, un tunnel avec un carrefour en son centre. Ce qui est d’autant plus étrange, c’est que la première partie du tunnel est trop étroite pour laisser passer deux voitures de front, et que tous les 100 mètres il y a un espace de dégagement pour permettre de se ranger pour se croiser.

 Un tunnel flou.
Un tunnel flou.

Me voilà enfin à Ísafjörður qui, bien que plus grande et dégageant un côté plus industriel que les précédentes villes que j’ai pu traverser, donne toujours cette image d’avoir été posée là, entre les montagnes et l’eau.
Les maisons, en tôle ou en bois, sont souvent de couleurs vives, mais jamais dérangeantes à l’oeil. Il est aussi à noter que sur beaucoup de bâtiments est peint l’année de construction.

L'année de construction, à moins que ce soit une tombola géante.
L’année de construction, à moins que ce soit une tombola géante.

Étant arrivé relativement tôt, je m’en fait découvrir une cascade repérée sur le chemin, sur les hauteurs de la ville. Les guides touristiques en mettent en avant certaines, mais à vrai dire elles sont assez communes dans le paysage islandais, et on en trouve partout. C’est d’ailleurs à chaque fois l’occasion de refaire ses réserves d’eaux, en se servant directement à la source.

Une fière représentante des cascades islandaises.
Une fière représentante des cascades islandaises.

Me voilà le plus au Nord que je n’ai jamais été, puisque Ísafjörður se trouve au-delà du 66° degré de latitude Nord. Pour rappel, le cercle polaire est à 66° 33′. Et vous savez quoi ? En short et en t-shirt ça passe tranquille ! Bon, à la mi-août, en plein soleil, et sans vent. Mais quand même !
Et on sent nettement que le soleil n’a pas vraiment envie de descendre trop bas derrière l’horizon, même quand il commence à se faire tard. Il est difficile de se forcer à aller dormir alors que le ciel flamboie encore de mille couleurs.

Le mouton du jour :

Il ne lui manque plus qu'un petit tapis rouge pour traverser en toute sérénité
Il ne lui manque plus qu’un petit tapis rouge pour traverser en toute sérénité

31 photos de trolls en cliquant sur ce lien : photos J5.

Islande J4 : le sable rouge et les cocotiers

Publié le par dans Islande.

Aujourd’hui on prend le bateau pour traverser un bras de mer qui sépare la péninsule de Snæfellsnes de la région des Westfjords. C’est en fait un immense fjord ouvert sur l’Atlantique, qui se découpe lui-même en plusieurs fjords plus petits : Breiðafjörður. Il est possible de faire le trajet par la route, mais c’est un long détour et cela nous aurait coupé aussi de cette ville de Stykkishólmur, qui même dans l’air frais du petit matin conserve son charme.

Le ferry embarque près d’une centaine de véhicule, tous rangés en rang d’oignons pour minimiser les espaces, ainsi que les voyageurs qui vont avec. La mer est calme et le ciel parfaitement dégagé, et c’est plutôt une bonne chose pour naviguer en ces eaux qui abritent des milliers de récifs ou d’îlots, inhabités pour la plupart.

L'un des nombreux phares croisés lors de la traversée.
L’un des nombreux phares croisés lors de la traversée.

En se penchant vers l’eau, on s’aperçoit qu’il y a une multitude de méduses près de la surface. C’est les eaux froides qui les attirent probablement. De même, c’est un lieu prisé des dauphins, même si je n’en verrai aucun aujourd’hui. Des jumelles n’auraient pas été de trop ici pour profiter de ces grands espaces dégagés et des trois heures que durent la traversée.
Nous faisons une halte sur l’une des plus grandes îles qui abrite un petit hameau, et que certains voyageurs s’en vont visiter.

L'île de Flatey
L’île de Flatey

Le ferry nous débarque au milieu de nulle part, et me voilà parti à nouveau pour l’aventure, direction l’ouest. Sur la route, je croise un bateau qui me semble à première vue peu à sa place.

C'est moi ou il est mal garé ?
C’est moi ou il est mal garé ?

Il a été échoué là volontairement, en hommage au fait qu’il ait été le premier bateau de ce type (en métal) en Islande. Ce qui est étrange, en me renseignant sur lui sur internet, c’est qu’il apparaît sur des photos de 2012 avec une couleur totalement différente et sans marquage (ici par exemple). Aurait-il était repeint entre temps alors même que c’est une épave échouée ?

De ce côté-ci, les montagnes sont plus hautes et le paysage change, mais reste toujours aussi surprenant. Je croise une plage de sable fin où au loin les variations du turquoise de la mer n’ont rien à envier aux contrées plus exotiques.
Seul bémol en revanche, la route. J’avais appris à connaître les route en graviers depuis deux jours, mais là c’est d’un autre niveau. Et pourtant ce n’est pas une route réservée aux 4×4, mais s’alternent les tronçons de piste en terre, les graviers, la boue, les gros cailloux, les ornières, les bas-côtés pentus où un écart entraîne une chute fatale, les tracteurs qui travaillent sans signalisation aucune à retracer la route, ce qui rend parfois inaccessible sur une longue portion l’une des deux voies de la chaussée. Enfin de la chaussée, on s’est compris.
Bref, c’est une conduite fort éprouvante, et les kilomètres qui sur la carte semblent bien peu se vont sentir de plus en plus tant et si bien que je suis plusieurs fois tenté d’abandonner pour m’en retourner par là d’où je suis venu. Mais je n’en ferai rien, et après une heure et demie de conduite hasardeuse, je suis récompensé lorsque j’arrive finalement aux falaises de Látrabjarg.
Suite à ma remarque sur les routes du coin, mon hôte du soir me dira que c’est un mal pour un bien, et que si les routes été de meilleure qualité, plus rien alors n’empêcherait les bus de touristes de débarquer, et la tranquillité des lieux serait alors à jamais perdue. C’est pas faux.

Ces falaises donc, sont à la pointe extrême ouest de l’Islande (et presque de l’Europe). Il est possible de suivre un sentier qui monte et s’élève jusqu’à atteindre le point le plus haut qui culmine à 440 mètres. Le lieu est réputé pour les oiseaux qu’il abrite et par le fait qu’ils soient, du fait de l’isolement, assez peu farouches face à l’homme.

Un macareux curieux.
Un macareux curieux.

Je m’en retourne par la même route, mais bifurque ensuite pour me rendre vers Rauðisandur. La route n’est pas meilleure, mais heureusement un peu plus courte pour finalement arriver sur un promontoire qui m’ouvre une perspective immense. Il s’agit là d’une très longue plage avec du sable rouge. Le petit guide au sac à dos la présente d’ailleurs comme l’une des plus belles plages du monde. Bon. Alors, j’ai vu la plage d’en haut puis je suis descendu près de la mer la voir de près. Et on va pas se mentir, niveau cocotier c’est pas ça. Après par contre si vous arrivez à passer outre, j’ai de quoi vous parler.

Notez au fond le Snæfellsjökull, le glacier de la veille.
Notez au fond le Snæfellsjökull, le glacier de la veille.

C’est un endroit d’un calme envoûtant, délimité par la montagne d’un côté et la mer de l’autre. Et comme les autres jours, elles paraissent proches, faisant parties intégrantes de ce décor. Il y a entre les deux une fine bande de pâturage, puis la route, et une longue étendue d’herbes folles dans laquelle je gambade allègrement au long d’un sentier jusqu’au sable. L’horaire doit aussi y être pour quelque chose, mais c’est le vide complet, je ne croise personne, hormis quelques moutons. La marée est basse, et la mer n’est même pas en vue. S’alternent simplement des bans de sable et d’eau à faible profondeur, et il y a de quoi marcher et marcher encore, que ce soit vers la mer ou le long de la mer, la plage faisant une dizaine de kilomètres de long.

Rauðisandur ou l'apprentissage des couleurs.
Rauðisandur ou l’apprentissage des couleurs.

J’aimerais pouvoir rejoindre la mer, m’abandonner dans ce décor coupé de tout, enfermé dans le sérénité qu’il dégage, à explorer encore plus loin, à attendre le coucher du soleil pour admirer les nuances de couleurs que cela ne peut qu’induire. D’autant que d’après certains témoignages, c’est aussi un repère à phoques ! Malheureusement le temps me manque (quelle raison futile quand on est face à de tels éléments), et je me vois contraint de faire demi-tour, l’esprit toujours empreint d’un mélange de quiétude, d’émerveillement et d’excitation aventurière.

Les Islandais ont, paraît-il, une forte croyance dans les histoires d’elfes et de trolls, qui peupleraient leur île. Et sur la plage, j’ai trouvé une preuve assez évidente de la présence de ces trolls vivant dans les parages : une empreinte de pas (d’un troll manifestement unijambiste). Ils sont peut-être pas si fous que ça ces Islandais.

À gauche le troll, à droite moi.
À gauche le troll, à droite moi.

N’ayant pas anticipé le temps nécessaire pour parcourir ces routes chaotiques, je suis bien en retard pour mon check-in du soir. Mon hôte n’étant plus là, il a laissé sa maison ouverte et la clé de ma chambre sur la porte. L’isolement permet certaines choses qui seraient impensable ailleurs.

Et voici les moutons du jour :

On dirait pas comme ça, mais ils sont tous au galop là.
On dirait pas comme ça, mais ils sont tous au galop là.

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